L’intégriste du Logiciel Libre, ce gros relou (+ autotest)

Dans chaque passion, on retrouve systématiquement un même personnage. Généralement d’un niveau avancé ou présent dans le domaine depuis quelques années, c’est un personnage obtus, aux idées bien arrêtées, et souvent très catégorique avec les avis divergents. Bref, un bon gros casse-burnes. Dans cet article, on va se pencher sur les caractéristiques de ce spécimen version Logiciels Libres, et on va aussi s’auto tester. Parce qu’on est tous le con de quelqu’un, et se rendre compte que parfois on est un peu con, ça fait du bien aussi !

Le contenu de cet article est à prendre au second degré le plus total. Ici seront listés les pires clichés exagérés. Si malgré ce gros warning tu prends cet article au sérieux, tu peux déjà marquer 30 points au test

1 – La figure divine

Un point de départ important pour faire un bon intégriste, c’est de trouver la figure divine, celui sur lequel notre olibrius n’aura aucun argument à imposer. Il citera les écrits et paroles de sa divinité comme parole d’Evangile, argument suprême d’autorité que personne ne peut contester.

Dans le libre, le personnage le plus déifié est Richard Mathew Stallman. Notre Richard, c’est pas un manche. En 1983 il fonde le projet GNU, projet qui sera le terreau fertile pour de nombreuses briques logicielles qui encore aujourd’hui peuplent nos systèmes favoris. Cependant, depuis quelques temps, Richard a délaissé la programmation pour tirer à balles réelles sur tout ce qui libère pas son code dans des conférences.

Pour notre intégriste, RMS (comme appelé dans le milieu), c’est au dessus de n’importe quel dieu. Il est divin, a écrit les commandements du libre, et est le prophète vivant en ce monde de profanes. Notre intégriste, dans sa foi, s’efforce scrupuleusement de suivre chaque indication, interdiction, et pointage de doigt. Car oui, utiliser des logiciels libres c’est bien, mais libre comme Stallman, c’est encore mieux.

A peine moins déifié, nous avons aussi Linus Torvalds. Le Linus, lui aussi c’est un monstre. Quand il était étudiant, au lieu de faire comme n’importe quel étudiant lambda, c’est à dire se bourrer la gueule à l’alcool pas cher et courir les jupons, a décidé, pour le fun (oui c’est précisé par Linus lui-même), de créer un noyau de système d’exploitation (notre fameux noyau Linux) et de le faire tourner sur sa bécane, parce que le temps de disponibilité des serveurs de sa fac étaient insuffisants selon Monsieur. Notre Linus est connu pour avoir créé git, un truc super pratique pour gérer du code mais que si t’es pas geek linuxien t’en a rien à cirer, et également pour avoir une éloquence de lame de rasoir lors de mails rageurs à certains développeurs du noyau Linux. Bref, notre Linus, s’il était pilote de Formule 1, aurait monté son équipe y’a 30 ans et actuellement ferait passer Lewis Hamilton et Mercedes pour ta grand-mère dans un Kart enfant, tout en ayant la gouaille de Raïkkonnen à la radio.

Richard et son célèbre tube certifié disque de Platine
Linus exprimant son mécontentement face à la pénurie de RTX 3000

Pour le test :

  • Si tu Aimes Richard Stallman, tu marques 10 points
  • Si tu idolâtres RMS, tu marques 20 points
  • Si tu pratiques l’onanisme en pensant à RMS, tu marques 50 points
  • Si tu aimes Linus Torvalds, tu marques 10 points
  • Si tu idolâtres Linus Torvalds, tu marques 20 points
  • Si le doigt d’honneur turgescent de Linus à Nvidia te donne des idées pas très catholiques, tu marques 50 points

2 – Le matos informatique

La bécane est un autre élément clé de notre intégriste du libre. En effet celui-ci se targuera de ne pas faire tourner de pièce nécessitant du logiciel non libre pour fonctionner. Derrière ceci se cache une certaine parano, notre intégriste ne souhaitant pas que ses historiques de recherches sur la faune et la flore du lieu-dit Pré aux As fuite en direction de son agent du FBI attitré. Bah oui, faut être idiot pour donner son coin à champignons à n’importe qui.

L’intégriste a longtemps été cantonné aux Ordinosaures pour s’équiper, les logiciels libres accusant encore y’a quelques années un certain retard sur la prise en charge de matériel récent. Cependant, pour afficher autre chose qu’une interface graphique pour terminal sur un chip Intel (qu’on appelle tiling window manager dans la street Linuxienne), le salut est venu d’AMD, qui depuis quelques temps fait tourner ses cartes graphiques avec des pilotes libres, facilitant grandement la prise en charge.

Chez les verts de chez Nvidia, la situation est un peu différente. Pour des raisons juridiques dont l’étude ici nécessiterait des quantités déraisonnables et potentiellement mortelles de doliprane, il n’est pas possible de distribuer les logiciels et pilotes propriétaires faits par les verts dans les distributions Linux. Le plus souvent, il suffira d’installer après la 1re mise en route du système les paquets logiciels nécessaires. Pour le pilote libre, il est a peine bon pour dépanner pour une carte de plus de 10 ans.

Pour notre intégriste, peu importe s’il fait tourner la dernière RX6900XT OC GAMING K!ngp!n edition ou une vieille guimbarde qui n’attend qu’une surtension pour quitter ce monde de brutes, sa fierté d’être libéré des chaînes des multinationales sera son bien le plus précieux. Chaque morceau de code propriétaire chez ses comparses est pour lui un péché capital. Même si cela induirait une grosse perte de performance, pour lui rien ne vaut la fraîcheur de bits dont le code se trouve dans d’obscurs dépôts git.

Pour le test :

  • Si tu as pris ma blague sur le tiling windows manager au sérieux, hop 30 points. Bah ouais j’ai dit au début avec un gros warning que c’était du second degré. Fallait pas chercher
  • Si t’as pas un seul matos qui tourne avec des logiciels propriétaires et qui fonctionne complètement (fonctions annexes incluses), tu marques 40 points
  • Si t’as pas un seul pilote ou logiciel gérant du matos libre, mais que t’as pas accès à toutes les fonctions, tu marques 30 points
  • Si t’as du pilote ou un logiciel propriétaire pour faire fonctionner ton matos, tu marques pas de points
  • Si tu sais ce qu’est et met en oeuvre régulièrement un GPU Passthrough, tu peux retirer 10 points, c’est cadeau t’es un frère, et vu que tu virtualises un OS propriétaire, t’es mal barré dans cette catégorie de toute façon
Quand l’intégriste récupère une carte mère ayant servi à faire tourner Windows

3 – Les logiciels de tout les jours

Que serait un PC sans ses logiciels? Un presse papier géant et onéreux dont le business model met une demi-molle à Apple.

Dans le monde professionnel, il est très compliqué de faire 100% libre à moins de bosser dans une startup de gros geeks certifiés bio et marché équitable. Notre intégriste met donc un point d’honneur à utiliser pour l’informatique personnelle une série de logiciels considérés comme « purs », car ils sont libres, et gâteau sur la cerise, n’utilisent pas de composants se basant sur des trucs propriétaires. Dans la pratique, notre intégriste utilise une messagerie utilisée par 2 pelés et 3 tondus, aux protocoles de chiffrement dont le nom a une consonance qui fait penser à un patois parlé que par quelques anciens shamans, un navigateur internet forké généralement de firefox, retirant tout élément portant ou rappellant le nom d’une société. Plus c’est communautaire en mode fabriqué par un quidam qui hante un canal IRC, mieux c’est.

Même si dans un domaine l’équivalent propriétaire est plus efficace et plus stable, cela sera une honte ultime pour notre intégriste que d’utiliser de tels outils du Démon. Ses convictions n’ont d’égal que le temps qu’il perd à compiler, installer, recommencer (parce qu’il s’est loupé sur l’install d’une dépendance, il a mal lu la doc), et enfin configurer le sacro-saint logiciel, qui finira par emporter avec lui la session en cours dans une fuite mémoire.

Pour le test:

  • Si t’as des logiciels propriétaires, tu marques 0 point
  • Si t’as que des logiciels libres sur ton PC perso, tu marques 20 points.
  • Si en plus t’as la chance qu’au boulot tu utilises que des logiciels libres, tu rajoutes 20 points
  • Si ton navigateur web est un fork pour faire du 100% libre, tu marques 30 points
  • Si tu utilises firefox, tu marques 10 points.
  • Si t’as pas de compte sur un réseau social ET amazon, tu marques 30 points
Un plantage total certes, mais un plantage total LIBRE !

4 – La résistance au changement + Les cas Red Hat et Canonical

Un des traits assez particuliers qui composent notre intégriste est la résistance au changement pour les plus anciens d’entre eux. Dans sa quête d’accessibilité à n’importe qui, les distributions linux se sont équipées de briques logicielles qui sont communes entre elles, afin de faciliter le développement et la gestion. On a ainsi pu voir en précurseur Ubuntu, fait par Canonical, qui base tout son intérêt à rendre un système linux facilement utilisable pour le commun des mortels. Opération plus que réussie malgré la timide part de marché de Linux. Le nom d’Ubuntu et ceux de ses petites sœurs (Linux Mint, Pop OS…) est maintenant synonyme de Linux parfait pour les débutants et confortable pour les habitués. Fedora dans une moindre mesure jouit aussi de cette aura, bien qu’elle se destine plus à une utilisation professionnelle ou entre les mains d’un habitué. Le souci? Ce sont 2 entreprises, Canonical pour Ubuntu, et Red Hat pour Fedora, qui sont derrière les projets. C’est libre, mais pas suffisamment pour notre intégriste, qui y voit là une emprise du méchant capitalisme sur son pré carré libre.

En ce qui concerne les distributions utilisées, 2 cas de figure.

Le 1er est d’utiliser un fork d’Ubuntu purgé de tout élément propriétaire. La porte d’entrée pour un intégriste débutant et un refuge confortable pour un habitué ne souhaitant pas pousser plus loin.
D’autres tournent sur des Artix ou Debian dont les paquets installés passent le filtre inquisiteur du logiciel VRMS (Virtual Richard Matthew Stallman), qui sert à indiquer si des paquets non libres ou à licence douteuse sont présents et installés.

En ce qui concerne la résistance au changement, comme indiqué plus tôt, il y a maintenant des briques communes au quasi ensemble des systèmes linux disponibles. Cela est passé sous le capot par la standardisation de l’initialisation du système avec SystemD, PulseAudio pour la gestion du son et autres outils qui par leur disponibilité partout facilitent énormément l’apprentissage de l’administration, et une standardisation favorisant le développement. Cependant, notre ancêtre intégriste lui est adepte de scripts obscurs commentés à la zob dont uniquement lui comprend le pâté de hiéroglyphes qui va lancer son truc. Si en plus le projet standardisant est géré par une boîte, afin de mutualiser les efforts et filer une architecture de dev pas bancale, c’est le ponpon.

Même chose pour la petite nouveauté que sont les paquets universels. Ces petites choses sympa vont, au prix d’un espace disque plus conséquent permettre d’installer et lancer un logiciel avec un même paquet quelque soit le linux choisi, du moment que celui-ci prend en charge les paquets universels, ce qui est le cas de presque tous actuellement. Comptant chaque octet de son disque à plusieurs centaines de Go, il est hors de question pour l’intégriste de gaspiller de l’espace, quand bien même son disque serait libre à 80%.

Pour le test :

  • Si tu abhorres le nom de Red Hat et Canonical, tu marques 20 points
  • Si pour toi Ubuntu et cie sont que des distros capitalistes remplies de bloat proprio inutiles, tu marques 30 points
  • Si tu n’as aucun paquet universel installé/lancé (flatpak, snap, appimage), tu marques 20 points
  • Si t’as participé à la grosse baston des inits, tu marques 30 points (oui faut avoir du temps à perdre pour se battre et se pourrir la tronche pour des inits)
  • Si t’as une Devuan, Artix ou autre systemd-free OS installé, tu marques 20 points
  • Points bonus, si en plus t’as un téléphone genre PinePhone où tu dois compiler un module pour entrer un numéro et l’appeller, tu marques 40 points
Il manque plus que l’odeur des merguez CGT et on se croit en manif contre la loi retraite

Conclusion

Comme on peut le voir, notre intégriste du libre est un bestiau complexe dont l’alchimie minutieuse produit ce qui se fait de mieux en terme de discussions qui se bouchent, de prise de paroles élancées et offensives, et d’opinion prises pour de sacro saintes vérités. Et vous, ou en êtes vous? Êtes vous un simple profane méritant que le mépris ou une élite de la libritude qui ferait pâlir Che Guevara? Au résultat!

  • De 0 à 150 points – Tu es un utilisateur normal. Pour l’intégriste, t’es juste la lie de la linuxerie, vendant son âme aux GAFAM et faisant juste du linux pour te sentir geek.
  • De 150 à 300 points – Pour l’intégriste, tout n’est pas perdu pour toi. Même s’il ose tout juste te toucher du bout de la main avec un bâton qu’il aura préalablement désinfecté, il a espoir qu’un jour tu bascules du côté libre de la force. Eh ouais, il t’as surpris à chanter la chanson de Stallman sous la douche car t’avais pas coupé ton micro pendant un vocal sur Jabber ou Matrix.
  • De 300 à 560 – Bravo, tu fais partie de l’élite ! Ta pureté informatique euh…. oh et puis tu sais quoi, voila un rond de métal, du ruban, un pieu et un marteau, débrouille toi pour compiler ta médaille libre.

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